Samedi dernier, une nouvelle édition du festival gastronomique « Reserva de Sabores » s’est tenue à la Hacienda de los Morales de Mexico, où certains des meilleurs chefs du pays ont présenté leurs créations autour d’un classique de la cuisine tapatía : la torta ahogada, accompagnée de l’un des meilleurs tequilas du Mexique.
Il ne s’agit pas ici de faire une chronique gastronomique. Cependant, cet événement a servi de cadre parfait pour analyser, dans un micro-espace social, de nombreux aspects qui entourent le monde de la gastronomie, les événements caritatifs, les tendances culinaires, le partage de la nourriture, etc. Tout cela sous un regard socio-anthropologique.
L’événement a été organisé en partie comme une célébration de la gastronomie mais aussi comme une collecte de fonds pour les fondations Niños en Alegría et APAC. La philanthropie est tout un sujet d’étude. L’historien Paul Veyne, dans sa magnifique œuvre « Le pain et le cirque », documentait en détail la relation intrinsèque entre les œuvres de bienfaisance et les banquets dans la Rome antique. Il expliquait le terme evergétisme comme ces actions entreprises par des particuliers pour partager publiquement leur richesse, comme l’organisation de banquets somptueux, entre autres, afin de donner à ceux qui avaient le moins, en échange d’une grande estime et d’un prestige social. À partir de ces recherches, Marcel Mauss s’est inspiré pour écrire son célèbre « Essai sur le don », qui reste aujourd’hui une pierre angulaire de nombreuses études : Quelle est la force qui nous pousse à donner lorsque nous avons reçu quelque chose ? La réciprocité est en partie l’un des principes qui nous permet de fonctionner en société, sans nécessairement attendre de recevoir la même chose en retour, mais chaque fois que nous donnons, inconsciemment, nous attendons quelque chose. Le don sans attente est théoriquement décrit comme la philanthropie. Pour des raisons éthiques, il nous arrive de donner pour nous sentir mieux et contribuer à améliorer notre environnement. Raisons religieuses, humanitaires, éthiques, spirituelles, voire fiscales : l’être humain, par nature, empathise à un moment donné avec une cause. Lorsque cette cause s’inscrit dans un cadre de célébration gastronomique, si en vogue aujourd’hui, elle devient sans doute plus attrayante pour ceux qui ne sont pas habitués à soutenir des causes sociales.
En parlant de gastronomie, il est aussi intéressant d’observer comment le mouvement gastronomique au Mexique suit la même direction qu’ailleurs. Certains sociologues ont déjà décrit comment la cuisine est passée d’un processus quotidien à une élévation esthétique que beaucoup considèrent même comme un art. Et tout art a besoin d’artistes. Les chefs d’aujourd’hui sont les rockstars des années 60. Aujourd’hui, un passionné de gastronomie rêve d’assister à un « concert » (c’est-à-dire obtenir une réservation à El Bulli) de Ferran Adrià comme s’il s’agissait d’un concert des Rolling Stones au premier rang. Les chefs présents au festival semblaient s’amuser, aimables et souriants. Ce qui n’est pas facile quand on dirige une cuisine avec une précision millimétrique et une discipline quasi militaire. Ce geste est apprécié lorsqu’il se reflète dans les plats dégustés. Quant aux plats, nous ne parlerons pas de leur qualité, cela revient aux gastronomes, mais nous ferons quelques observations sociologiques : On salue surtout la créativité avec laquelle les chefs Benito et Solange proposent des créations sans prétention, valorisant les saveurs et ingrédients mexicains, exécutés avec propreté et simplicité pour sublimer les goûts, plutôt que de miser sur l’exotisme de la présentation, la combinaison ratée d’ingrédients ou des compositions prétentieuses. Le monopole des cuisines classiques comme la française est en déclin. Mais si nous aspirons à devenir une référence mondiale, nous devons tirer le meilleur parti des deux mondes : l’originalité et la richesse de nos ingrédients et la créativité de nos cuisiniers, avec la rigueur des procédés à la française pour qu’un plat soit toujours identique, peu importe l’humeur ou l’état du cuisinier.
Un dernier aspect à souligner est le pouvoir de la commensalité, définie comme « le fait de manger ensemble ». Ainsi, se retrouver à une longue table avec des inconnus, mangeant côte à côte, où, par manque de place, on empiète sur la bulle sociale (ou distance interpersonnelle) si étudiée, à la manière d’une auberge, d’un comptoir de marché ou d’une cantine ; cela n’a fait que favoriser des échanges qui, dans d’autres circonstances, auraient difficilement encouragé la conversation. Si tout cela est facilité par la liberté de parole que procure le tequila, la convivialité devient un moment agréable. Tout le monde aime parler de nourriture, en bien ou en mal. Au final, que ce soit par passion pour la cuisine, par admiration pour les chefs du moment, par envie d’aider des associations philanthropiques ou simplement pour rencontrer des gens, un événement comme Reserva de Sabores est le cadre idéal pour en profiter.
@Lillie_ML
— Cet article a été publié à l'origine en espagnol par Liliana Martínez Lomelí. Traduction générée par IA à partir du texte original.